Cinquecento, Tome 4 - Le brûlot de Clissa

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Cinquecento, Tome 4 - Le brûlot de Clissa

Message  Klod le Ven 2 Nov - 9:07

Depuis 1530, la paix de Charles-Quint s'étend sur l"Italie où, après trente ans de ravages de la soldatesque française, italienne et impériale, le blé peut enfin pousser. à présent, grandit à l'est la menace turque : Soliman le Magnifique se rapproche de Vienne à travers la Hongrie. Cependant, Venise, payant tribut au Sultan, continue à commercer sur mer avec le Levant, sans pour autant échapper à la piraterie de tout bord.

En 1531, Pietro, le fils de feu le Grand Chancelier de Venise Nicolò Aurelio et de la noble padouane Laura Bagarotto, découvre le secret de sa filiation et le passé sulfureux de sa mère. à Florence où il se précipite, l"attendent d’autres révélations. C’est assez pour que Pietro décide de tourner le dos à la terraferma et de s’engager dans l’aventure maritime.

Ce quatrième volet de la saga CINQUECENTO nous entraîne loin de Venise, sur les routes de l’Italie et de la Hongrie, et surtout sur la Méditerranée, où les galères de la Sérénissime voyagent entre ses colonies de Dalmatie et de Grèce, jusqu’à Chypre et jusqu’aux échelles du Levant.

Pietro s’affirme parmi l’hostilité des uns et l’amitié profonde des autres, connaît la passion, s’expose aux dangers avec la témérité de sa jeunesse. Mais un jour, peut-être, fait-il le pas de trop…

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24,00 €uros

Broché: 416 pages
Editeur : ASTRONOME (3 avril 2012)
Langue : Français
ISBN-10: 2916147578
ISBN-13: 978-2916147574


Dernière édition par Klod le Dim 4 Nov - 13:14, édité 2 fois

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Re: Cinquecento, Tome 4 - Le brûlot de Clissa

Message  Klod le Ven 2 Nov - 9:08

Extrait
Casale, 6 juillet 1531

La bague

À Casale, l'orage avait crevé vers la fin de l'après-midi. Un bel orage d'été qui avait roulé depuis le sud, avec ses houles bleu sombre et ses grands éclairs accompagnés d'assourdissants roulements de tambour. La pluie avait flagellé le parc et ruiné les roses épanouies, mais elle avait apporté une fraîcheur bienfaisante. Puis la nuit était venue, précoce, et la demeure de Casale s'était endormie, veillée seulement par un petit fanal dont la lueur orangée indiquait la présence humaine.
Dans la bibliothèque plongée dans les ténèbres, la fenêtre entrouverte faisait entrer une brise agréable, chargée des senteurs acres d'humus, et laissait passer, venant du dehors, le crépitement discret et confus des feuillages qui dégouttent. Mais il fallait tendre l'oreille pour distinguer, au-dedans, le souffle ténu d'une respiration.
Laura s'était éveillée peu avant méridienne. Dès le début de l'après-midi, elle s'était retirée dans cette pièce austère qui servait de bureau à son époux et que l'ombre du défunt habitait encore.
Depuis plusieurs jours elle se consacrait aux obligations officielles et mondaines du rite funèbre. Hier encore, le notaire était venu psalmodier des paroles d'outre-tombe. Puis elle avait remis à Pietro la bague de Nicole, avec les armes des Aurelio incrustées dans la pierre. Elle avait, en faisant cela, égrené des paroles de consécration :
- Porte-la, mon fils. Elle te revient de droit... C'est ton nom qui figure sous celui de Nicole Aurelio, dans le livre d'argent des cittadini... Tu es à présent le chef de la maison Aurelio...
Elle les avait prononcées sans ciller, les adressant sans s'émouvoir au jeune homme qui penchait sur elle le beau visage de Paolo Scarfati.
Ce matin même, les jeunes gens étaient partis en barque. Ses deux beaux-fils, Nicolino et Costantino, retournaient à leur poste de secrétaires à Venise ; Pietro et son valet les accompagnaient jusqu'à Venise et poursuivraient leur chemin vers Padoue où l'étudiant aurait à rattraper plusieurs séances de cours à l'université.
Et à présent que tout était consommé, que les rites étaient accomplis, que tout avait repris une place nouvelle, elle pouvait enfin rentrer en elle-même, donner libre cours à ses pensées, mais surtout se recueillir, tenter de mettre de l'ordre afin de pouvoir continuer à vivre autour du grand vide qui venait de se creuser. Et elle avait erré dans cette bibliothèque où elle retrouvait Nicolò à travers ses meubles, ses livres, ses écrits. Elle avait feuilleté les ouvrages dont les doigts de Nicolò avaient presque usé les pages ; elle avait suivi le chemin de ses goûts, de ses pensées solitaires, retrouvé des lettres, des plans, des comptes, les résidus de son travail dans le domaine. Dans un casier du cabinet, un coffret contenait ses lettres à elle. La dernière était datée de Venise : 23 de juin 1531. Dans trois jours, je vous rejoins et ne vous quitte plus.
A la lecture de ces mots que le hasard lui remet sous les yeux, quelque chose en elle s'était effondré. Une énorme vague de chagrin l'avait submergée avec des larmes abondantes, poussées par des sanglots venus du profond de ses entrailles. Il n'était plus nécessaire de les contenir. Ils montaient comme l'orage, ils secouaient, ils poussaient les larmes, de grosses larmes qui débordaient comme des saignements et laissent exsangue, meurtri, hébété. Son corps rompu s'était réfugié dans le grand fauteuil de lecture où Nicolò avait passé ses heures solitaires à lire, à rêver devant l'âtre, à l'attendre.

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