Nuits retroussées à Venise

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Nuits retroussées à Venise

Message  Martine 1968 le Dim 21 Juil - 11:43

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Quand les rues de Venise dévoilent leurs secrets, et que sur les eaux d'orage se reflètent les jupons des 'petites filles 'pas sages... Femmes enfants, un sucre d'orge dans le coeur, elles s'en vont se faire retrousser dans les palais en ruines. Et nourrir les ogres de quelques rats qui se sont échappés de leurs nuits les plus chaudes. Parfois, à l'ombre de Barbe Bleue, elles savourent avec délice les interdits de la vie et s'en servent pour coudre leurs fantasmes. Au détour des ruelles les plus sombres, on peut encore les rencontrer aujourd'hui. Si elles vous sourient, méfiez-vous ! Surtout ne les suivez pas... Elles ne sont que fantômes aux yeux de chats et aux mains de porcelaine. Parfois, elles se glissent dans le corps des poupées cassées et se cachent sous vos draps. Parce qu'à Venise tout est sorcellerie...


9,00 euros

Poche: 128 pages
Éditeur : Tabou (13 juin 2011)
Collection : Vertiges tendance noire
Langue : Français
ISBN-10: 2915635854
ISBN-13: 978-2915635850

Martine 1968

Messages : 434
Date d'inscription : 31/10/2012
Age : 48
Localisation : Région parisienne

Revenir en haut Aller en bas

Re: Nuits retroussées à Venise

Message  Martine 1968 le Dim 21 Juil - 11:47

Réalisatrice et écrivaine, Nadine Monfils excelle dans les univers étranges, qu’elle distille à travers ses nombreuses activités, inspirées par le surréalisme, le dadaïsme, l’absurdisme, sa Belgique natale et son Montmartre d’adoption. Elle est l’auteur d’une quarantaine de romans et de pièces de théâtre, dont des polars bien côtés de la «Série Noire» et des thrillers chez Belfond.

Elle décroche le Prix Polar à Cognac en 2007.

Extrait
Rien ne fascinait davantage Dona que les grilles de Venise. Toutes paraissaient cacher de mystérieux jardins lunaires ou des ruelles d'ombres bleutées, menant à des maisons hantées. Des grilles de dentelles rouillées, tendues comme d'épaisses toiles d'araignées entre le visible et l'invisible. Toute personne qui avait fouillé dans les dessous de Venise, y restait accroché pour l'éternité. Cette ville a le don de capturer les esprits et d'abolir le temps. Ici, Alice traversait les miroirs comme d'autres traversent la rue. Mais sa robe était de sang.
Dona longea la Piazzale Roma, puis s'engouffra dans les petites rues glauques jusqu'à la «maison du pendu».
Entourée d'un parc sauvage aux statues rongées par le lierre, on l'appelait ainsi depuis qu'on y avait trouvé son propriétaire avec la corde au cou. La maison ressemblait à une comtesse ruinée aux broderies déchiquetées par les ans et aux pieds pourris.
Ce lieu était devenu maudit et au fil du temps, les vieux racontaient qu'il ne fallait pas s'en approcher. Qu'on n'avait jamais retrouvé la trace de ceux qui s'y étaient hasardés. Venise aime entretenir de fausses légendes, comme on se pare de bijoux de pacotille.
Dona poussa la porte en fer, jamais fermée à clef. Dans ce lieu éloigné du centre, seuls les spectres risquaient d'entrer. Et que pouvaient-ils voler - à part la peur - pour l'emporter dans l'au-delà ?
La lumière de l'énorme lustre en cristal diffusait des éclats d'arc-en-ciel sur le sol marbré. Les meubles, recouverts de draps blancs, attendaient l'autopsie dans cette morgue luxueuse que la poussière couvrait d'un voile vaporeux.
Dona grimpa les marches, réveillant les fées meurtrières. Car à Venise, elles le sont toutes.
Elle avança dans le couloir où des rideaux déchirés valsaient dans leur robe de mousseline grise, devant les vitres cassées des chambres vides. Dona écrasa quelques morceaux de verre, s'arrêta devant la seule chambre à la porte fermée et hésita un instant avant d'entrer. Il lui semblait entendre une respiration saccadée. Elle fit quelques pas, comme poussée par une main invisible, et se retrouva au milieu de la pièce. Au plafond, un bout de corde rongée se balançait au milieu d'une poutre.
Dona entendit de nouveau la respiration. Là, juste derrière elle. Elle sentait un souffle dans son cou. Un souffle glacial de mort. Une respiration hachée.
Paralysée, la jeune femme fut incapable de se retourner. Il y avait là, derrière elle, quelqu'un qui l'observait, projetait son haleine froide sur sa peau, se délectait de sa peur. Elle ferma les yeux et pensa très fort à l'ange de pierre oublié dans le jardin de son enfance, à Rome, contre lequel elle allait se réfugier parce qu'il lui donnait l'amour qui lui manquait. Lange qui veillait sur elle depuis qu'elle était seule au monde. Mais qui, souvent, avait la tête ailleurs.

Martine 1968

Messages : 434
Date d'inscription : 31/10/2012
Age : 48
Localisation : Région parisienne

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum